La chapelle Saint-Brice

 La chapelle Saint-Brice

 

 

Il est question d’un « sanctum Brictium » en 1285 dans une donation au couvent Saint-Pierre de Bâle. Mais cette mention peut aussi se rapporter à l’un des autres sanctuaires de Saint-Brice dans l’évêché.

Des lettres de franchises ont été octroyées le 28 mai 1354 par l’archiduc Rodolphe IV de Habsbourg, aux sujets d’Oltingue pour « leurs forêts », (en fait celle de Saint-Brice au sens large du XVIe siècle), qu’ils administrent désormais avec la liberté la plus absolue.

La chapelle était dotée de biens à Bettlach, d’une valeur légèrement supérieure à 33 journaux de terres arables, de prés, de jardins et d’une ferme, soit près de 11 hectares. La première mention sûre est de 1359. On peut constater en 1412 et dans les états de la dîme du XVe, qu’une part des dîmes paroissiales a été assignée, selon l’usage établi, à la chapelle Saint-Brice, pour que la messe hebdomadaire y soit d’autant mieux célébrée. Un document de 1568 mentionne la maison du gardien (frère, ermite) à côté de la chapelle: «  Cappellen zue Sanct Brictien : darby ist ein bruederhausz».

On note vers 1600 dans le terrier de la seigneurie de Ferrette : «Tout proche de l’église de Saint-Blaise vis-à-vis dans le bois et ban d’Oltinguen, est une chapelle dit Saint-Bricien, auprès d’icelle, il y a une maison pour un frère ou merguillier, on y fait annuellement mardy après Pentecôte des processions et pèlerinages des villages circonvoisins. Et le curé qui fait l’office divin dans ce lieu, qu’est ordinairement le curé d’Oltingen en a son salaire ou un repas ». Et  c’est le mardi de la Pentecôte, le jour où se pressait la foule des pèlerins, qui avait été choisi, pour organiser un marché à Saint-Brice. (« sti brixen pfingst marck »). Ce jour là, on servait aussi du vin à boire qui rapportait évidemment l’angal (umgeld), droit sur les débits de boissons au détail, aux coseigneurs de la cour. Le curé de Michelbach-le-Haut, le frère Hugues Seraffond, note en 1750 au sujet de ces  processions et du marché : “le dit jour, jl y a un concours de processions des paroisses d’alentours et les vivandiers et marchands s’y portent en tel nombre que l’assemblée a bien plus l’air d’une foire que d’une piété chrétienne.” Le marché de la Pentecôte fut donc supprimé en 1774. Il tombait sous le coup de l’arrêt de règlement du Conseil souverain, rendu le 24 avril 1773. Cet arrêt faisait suite au mandement de l’évêque de Bâle du 19 avril 1773.

Des messes anniversaires ont été fondées autour de 1680 par César de Daubian, bailli de la seigneurie de Morimont. La chapelle a été fermée pendant la Révolution et la clochette réquisitionnée. Elle a été rouverte au culte en 1805.

En 1987, j’ai pu procéder à quelques sondages dans la chapelle qui ont mis au jour, dans le gros oeuvre, deux fenêtres gothiques du XIVe avec leur barreaudage initial. A l’origine les baies étaient munies de vitraux dont il ne subsiste que les emplacements des vergettes de fixation. Une autre baie a été découverte Ces percements sont contemporains des maçonneries latérales de la nef. Ces investigations ont été complétées en octobre 1993 et en avril 1994 par un sondage au droit de l’absidiole. Quatre sépultures, sans mobilier funéraire, orientées est-ouest ont été mises au jour et deux datées au carbone 14. Les datations ont apporté un démenti à l’hypothèse d’une fondation au XIVe siècle. Ainsi toute la problématique des origines était à revoir. Après correction par la courbe de dendrochronologie, le carbone 14 a mis en évidence une fourchette d’inhumation allant de la fin du IXe siècle à 979 environ. Et qui dit cimetière au Xe, dit sanctuaire chrétien. C’est du moins l’opinion des spécialistes de cette période. En l’absence de preuves irréfutables, cette opinion doit être quelque peu nuancée. Si l’on a construit au XIVe carrément par-dessus ce cimetière carolingien, c’est que l’on ne connaissait sans doute plus son existence, malgré les amoncellements de pierres sur les tombes qui étaient visibles aux IXe-Xe siècles.

Mais il y a mieux. Le squelette découvert à l’entrée de la nef (à droite) en 1953 a été daté au carbone 14 en 2012. Après correction par la courbe de calibration, l’âge se situe dans l’intervalle de 605 à 674 ap. J.-C. Ce qui correspond à la mise en place des premières églises rurales.

A partir de là, deux autres constatations s’imposent. Il y avait bel et bien un habitat à Saint-Brice au VIIe siècle et un « altaria » au moins vers la fin du IXe sinon à l’époque mérovingienne déjà. La forme singulière du vaste ban d’Oltingue s’explique sans doute par l’annexion de cet ancien finage, qui s’étendait au-delà du Struethbach et ceci bien avant le VIIIe siècle, car plusieurs biens de la dot de l’église Saint-Martin sont déjà situés dans cette partie de finage. Ce type de lieux de culte au statut inférieur à celui des églises principales s’est multiplié à l’époque carolingienne. Certaines de ces créations semblent justifiées par l’éloignement de l’église principale ou par l’importance de la domesticité. C’est le cas de Saint-Brice qui est distant de 4 km de Saint-Martin. Ces oratoires champêtres où les plus pauvres enterraient leurs morts, ne pouvaient en aucune manière nuire aux anciennes fondations, autrement dit ni les priver de leurs dîmes, ni de leurs revenus. Ces petits monuments ont disparu sans laisser de traces, car ils étaient construits en bois « ecclesia lignea » ou « ecclesia ligneis tabulis fabricata » (églises de planches). Le sondage a également mis en évidence d’importants indices d’une présence peut-être gallo-romaine, sous la partie nord de l’actuelle chapelle (moellons, tegulae, imbrices), au point qu’on peut se demander si le sanctuaire chrétien n’a fait que succéder à un antécédent gallo-romain, voire celtique. A travers les siècles, on constate en effet, que les mêmes lieux sont affectés aux dieux. Mais ceci n’est que pure conjecture.

En avril 1996, j’ai procédé à un nouveau sondage derrière la chapelle qui a permis de mettre au jour une citerne en pierres maçonnées, au soubassement à 2,50 m. en-dessous du niveau actuel, alimentée vraisemblablement par les eaux pluviales (absence de canalisations). Dans la gaine argileuse qui permet « d’étanchéifier » la maçonnerie de la citerne (une gaine a plus d’un mètre d’épaisseur par endroit), j’ai trouvé beaucoup de fragments de céramique « romane » (1150 environ) et au fond de la citerne une monnaie. Quant aux matériaux de remplissage, ils recelaient une céramique de la fin du XIIIe siècle.  La monnaie après bien des péripéties et pérégrinations (Bâle, musée de Tongeren en Belgique) a été identifiée récemment. Il ne s’agit pas d’un denier anonyme en billon de l’abbaye St-Martin de Tours, comme on l’a cru dans un premier temps.  Mais, d’après Jean-Bernard Ballis, d’un denier frappé à Tours au début du Xe siècle en bon argent. Tours la ville, où l’on trouve un type antérieur au châtel de l’abbaye de Saint-Martin. Avers: monogramme S. CSI Martin.  Revers une croix:-TURON. CIVI. Ce denier a peut-être été frappé pour Robert 1er en 922 ou Louis IV d’outremer en 945. Une pièce de l’abbaye de Tours, de la même époque, a été trouvée dans un puits à proximité d’une église St-Martin dans l’Yonne. Ce denier très fin et fragile, est resté en circulation jusqu’en l’an mil. C’est donc au Xe, qu’un pèlerin ou quelqu’un d’autre, a jeté ou laissé tomber, cette pièce dans la citerne de Saint-Brice. Mais ce  denier peut avoir aussi la signification d’un dépôt votif et être plus tardif. Un doute persiste donc quant à l’identification de la monnaie. Et la citerne date peut-être du début du XIIe siècle, car on voit mal comment à la même époque, on a pu implanter côte à côte des sépultures et un réservoir d’eau. 

La première représentation connue de la chapelle figure sur le plan de finage de l’intendance d’Alsace en 1760-65. Le géomètre-arpenteur n’a pas représenté la chapelle extérieure. Existait-elle déjà ? Si l’on se fie à une correspondance du curé de Michelbach-le-Haut en 1750, ce serait non. Celui-ci écrit notamment “que la chapelle de St:Brixe est si petite qu’à peine le tiers des gens qui y viennent en procession peut y rentrer et assister au service divin.” Mais le piochage des enduits intérieurs de la chapelle adventive au début de l’année 2013 a permis de résoudre le problème. On a retrouvé le décor peint d’origine sur les murs latéraux avec notamment les deux croix de consécration et la date de 1739. C’est donc cette année-là que la chapelle a été mise en place pour permettre un culte extérieur, à une époque où le pèlerinage se développe fortement.

Des datations de bois ont été effectuées par le laboratoire de dendrochronologie du musée cantonal de Neuchâtel : on sait ainsi que les bois de charpente de la nef ont été coupés durant l’hiver 1701-1702. Tandis que le clocheton portait le millésime de 1705. Le linteau de l’autel (tronc de chêne) date de 1715 environ (dernier cerne mesuré 1710). Le retable porte la date de 1772 (restauration ?). Le bois de charpente de la chapelle adventive a été coupé durant l’hiver 1778-1779. D’après les comptes de la fabrique, c’est J-Georges Münch, ancien juré de la commune qui l’a fourni (marchés des 1er et 15 mars 1779). En revanche, tout porte à croire que les grandes baies de la nef et les deux portes d’entrée ont été mises en place seulement dans la première moitié du XIXe siècle

La reconstruction de la maison du gardien de la chapelle a eu lieu en 1750-52.


 

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