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Patrimoine

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L’église Saint-Martin-des-champs

Eglise datant du XIV ème siècle

eglise

L’église Saint-Martin

L'église du village

orgue

Les orgues historiques Callinet

Ouvrage de l’aîné Joseph CALLINET

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La chapelle Saint Brice

« sanctum Brictium »

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Le musée paysan

Créé par l’abbé Etienne BILGER

 

L'ouvrage de notre patrimoine

Ce livre de belle facture a été conçu en plusieurs volets par 4 auteurs:

 

  • Gérard Munch, + , Docteur en Histoire médiévale,

  • Charles Tripp, +, professeur de Musique à Belfort et président fondateur de "Flûtes du monde"

  • Marc Schaefer, ancien professeur d'orgue au CNR de Strasbourg et expert de la DRAC pour les orgues

  • et Pierre Pfister, compositeur et organiste titulaire de l'orgue de Dole

 

sous la coordination d’Etienne Doppler, président de l'APOS..


Le premier volet, rédigé par Gérard Munch et consacré à l’histoire du village, porte notamment un regard sur la cour domaniale qui y a existé jusqu’à la révolution, ainsi que sur les deux édifices cultuels classés dans la paroisse, la chapelle Saint-Brice et l’ancienne église Saint-Martin-des-champs. Elle fait également une bonne place à la construction mouvementée de la nouvelle église, au centre du village, dans laquelle a été installé l’orgue CALLINET en 1843. Cloches, organistes et chorale complètent ce volet.

Le second, travail manuscrit de Charles Tripp, porte sur l'histoire de l'orgue historique Callinet d'Oltingue, suivi d'une monographie de cet instrument de référence, détaillée par Marc Schaefer. Il nous fait admirer sa merveilleuse facture et, en particulier, nous dévoile les fameux devis des Callinet et une information inédite sur les non moins fameuses anches…
Enfin, Pierre Pfister nous permet de découvrir la réalité historique de la période de construction de l’orgue, ainsi que le riche environnement musical de cette période en Alsace.


Il est possible d'acquérir ce bel ouvrage au prix de 22 euros l’exemplaire, 

 

  • soit sur place, à Oltingue, le jour du Concert du Patrimoine

  • soit en envoyant un courriel à partir du site https://apos.asso-web.com/
     

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L’église Saint-Martin des champs

L’ancienne église datant du XIVème siècle, est classée monument historique. Des fouilles effectuées en 1989 et 1990 ont révélées des tombes anciennes dans la nef dont quelques-unes ont été mises en valeur.
 
Construction


Le clocher et la nef de cette église ont été construits au XIIIème Siècle. Au XVème, les premiers remaniements ont lieu : on ajoute la sacristie, ce qui implique le percement d’une porte et la condamnation partielle de la fenêtre au-dessus de cette porte. On met également en place une custode et les peintures murales sont piquetées afin d’être recouvertes d’un enduit.


D’après des actes de la fin du XVIIème siècle, des travaux de restauration sont nécessaires. On remplace le plafond du chœur en croisée d’ogives par un plafond en plâtre sur lattes et corniches. La fenêtre au-dessus de la porte de la sacristie est entièrement bouchée ainsi que les niches du mur sud. 
En 1868 dernière restauration : les ouvertures vitrées du chœur et de la nef sont remplacées par des fenêtres de style néogothique à la mode du XIXème siècle. Le plafond est remplacé par l’actuelle voûte sur croisée d’ogives. La porte d’entrée sur le mur ouest est agrandie et munie d’un porche sur poteaux métalliques.
En automne 1989, des travaux sont entrepris pour établir un vide sanitaire et un réarrangement intérieur. C’était l’occasion pour R.SCHWEITZER de faire la première fouille archéologique depuis la construction de l’église.

Bâtiments antérieurs


On peut dissocier quatre phases d’aménagement de cet emplacement :
Phase 1 : Celle-ci se matérialise par les restes d’une tombe maçonnée et des reliquats de tombes en pleine terre.
Phase 2 : Petit édifice de 6,40m sur 3,4 situé du côté droit de la nef, à partir du mur derrière l’autel jusqu’à 1,50 m environ de la tombe maçonnée.
Phase 3 : Nouvel édifice ayant les mêmes dimensions et situé au même endroit que le précédent mais avec un léger changement d’orientation.
Phase 4 : La chapelle de la phase 3 est probablement affectée au rôle de chœur et agrandissement du lieu de culte.
Phase 5 : A la fin du XIIIème siècle, on démolit l’ancienne église et reconstruit au même emplacement l’édifice actuel.
D’après les éléments recueillis au cours des travaux, c’est dès le VIIème siècle qu’un petit édifice maçonné était érigé à cet endroit.

Tombes


Le sarcophage est taillé dans du calcaire jurassique. La tombe maçonnée de style gallo-romain, est construite en pierres calcaires et tuiles romaines. Elle contenait le squelette (qui s’y trouve encore) et les pieds de celui-ci reposaient sur les ossements de cinq autres individus. 
Les dépôts funéraires recueillis sur cette dernière inhumation : un tesson carolingien, une boucle de ceinture de fer, un denier de Charles le Chauve frappé vers 840 à STRASBOURG.

Le caisson de pierre : La tombe contenait le squelette du premier défunt et également les restes d’ossements de trente squelettes. Cette tombe servait probablement d’ossuaire.

D’autres tombes en pleine terre ont été également découvertes. L’existence de ces dernières et de tombes somptuaires (décrites plus haut) révèle une différence de rang social entre les personnes qui ont été inhumées à cet endroit. 
Dans cette enceinte se trouve également un morceau de baptistère provenant probablement de l’église de la phase 4.

 

Chœur


A droite deux ouvertures : La plus grande pourrait avoir été “l’armorium” servant au rangement des objets du culte avant la construction de la sacristie.
La plus petite a pu servir de crédence (endroit où l’on dépose les burettes).


A gauche au-dessus de la porte de la sacristie : fenêtre d’origine (était un peu plus haute).
La surface blanche sans fresque était l’emplacement de la custode.

Fresques


Il y avait deux couches de fresques dans le chœur :


De la première, il ne reste que quelques vestiges.
La deuxième date de 1350 environ… Son auteur a fait preuve d’un grand talent et d’une grande finesse si on observe l’allure des corps et le tracé des visages. C’est en somme une bande dessinée retraçant des scènes de l’ancien mais essentiellement du nouveau testament pour l’instruction de la population qui est analphabète. Des fresques semblables existent encore dans d’autres églises d’ALSACE et de la SUISSE voisine.

Constructeur


Comme il est d’usage en ce temps :
La tour avec le chœur a été construite par le décimateur du lieu, ici l’abbaye de MURBACH (près de GUEBWILLER). La nef est généralement construite par la population.

Sources : Plaquette : Découvrir le Sundgau : OLTINGUE (en vente au “musée paysan”) rédigée PAR R. SCHWEITZER, Jean ZIMMERMANN, Isabelle RUETSCH, G. MUNCH, éditée par la SOCIETE D’HISTOIRE SUNDGAUVIENNE sous la direction de Mme G. CLAERRSTAMM).

 

Restauration


Dans le cadre des travaux de restauration extérieurs menés début 2018, le mur sud de la nef a réservé une surprise de taille aux « restaurateurs » : 2 fresques extérieures entremêlées, l’une noire (16ème ?) et l’autre à dominante rouge (18ème), d’environ 2m sur 5. 
Elles pourraient représenter la ville de Bâle au bord du Rhin ; des recherches sont en cours.
Il s’agit, selon l’architecte du patrimoine Jean-Luc Isner, de la seule fresque sur une façade extérieure d’église en Alsace !
 

L’église paroissiale Saint-Martin

 

La décision de construire un nouvel édifice religieux remonte au 11 août 1824 car la population locale avait doublé depuis la guerre de 30 ans. L’église-mère Saint-Martin ne suffisait plus; de plus elle était trop éloignée (1 kilomètre), et était une source d’inconvénients en cas d’intempéries (surtout l’hiver) et une entrave au principe sacro-saint de l’église au milieu du village.

Antoine Vogelweid, huissier à FERRETTE, qui faisait alors ses premières expériences en matière de construction, vint offrir ses services pour lever les difficultés et diriger avec un empressement louable et désintéressé les démarches pour obtenir l’autorisation de bâtir. Il fallait évidemment réunir l’argent nécessaire pour couvrir les frais de construction se montant à la somme de 47.645,89 francs. Les trois premières ventes de bois ont produit 28.340 francs. 

Le 15 décembre 1827, le conseil municipal demande l’autorisation d’employer deux cents chênes supplémentaires pour l’achèvement de l’église. La vente produit seulement 13.000 francs.

Entre temps le projet fut adjugé le 3 août 1826 à Altkirch, à Antoine Xavier Desgrandchamps, notaire à FERRETTE, sous le cautionnement et avec l’association de Jean Keigerlé, maçon à Folgensbourg. Plans et devis dressés par l’architecte Wagner, avaient été vérifiés par le conseil des bâtiments civils à Paris et approuvés par le ministre de l’Intérieur.

Le 21 septembre 1831, l’église est ouverte pour la première fois à la célébration du culte avec un retard de 3 ans, 2 mois et 20 Jours.

L’église paroissiale aurait dû être parachevée au 1er septembre 1828. 
Elle ne le sera véritablement qu’en 1843 après de nombreux problèmes et procès.

Depuis la construction,  la paroisse a fait de méritoires efforts pour entretenir l’édifice. 
1925 a été l’année d’une grande toilette. Il a fallu remanier entièrement la toiture, réparer la flèche du clocher … A l’intérieur de la grande nef, plafond, corniche, panneaux … ont été démolis et le tout refait à neuf.
La restauration de 1981 a porté essentiellement  sur l’intérieur de l’église (peinture) et l’isolation du plafond. Cette cure de rajeunissement s’est chiffrée à 218623 F.
En 2000, la commune a fait procéder à une « toilette » extérieure se montant à 2.7 millions de F.

Le mobilier actuel présente un ensemble très homogène 

Autels : la commune passe contrat le 29 janvier 1882 avec le sculpteur et fabricant d’autels Théophile Klem de Colmar pour la fourniture d’un maître-autel, quatre autels secondaires et de cinq statues. Ils seront en bois de chêne de la meilleure qualité. Les figures et ornements devront être finement exécutés en bois de tilleul puis peints et dorés. Le fabricant percevra 12 200 marks au total.
Le maître-autel a un tabernacle néo-classique, surmonté d’un dais d’exposition. Les statues de saint Blaise et saint Marc sont posées dans les niches.
Les autels secondaires du chœur sont dédiés à saint Joseph à droite et sainte Catherine à gauche, ceux de la nef au Sacré-Cœur à droite et à la Vierge à gauche.

Statue remarquable : sur l’autel dédié à la Vierge, on trouve une statue provenant de l’ancienne église paroissiale (St-Martin-des-Champs). Cette vierge en bois de tilleul, est peut-être issue d’un atelier bâlois ou colmarien, datant d’après le style des années 1520.
Elle est reconnue comme l’une des  plus belles de la région “nord-alpine; sa fine chevelure est caractéristique du gothique tardif.

Autres œuvres du sculpteur colmarien, Théophile Klem : deux confessionnaux en beau bois de chêne, les montants des bancs ainsi que les fonts baptismaux en grès fin de Phalsbourg. Elles sont livrées en avril 1893 pour une somme totale de 3144 marks. 

Peintures : les peintures du plafond et du chœur sont de Louis Lichtenauer (Colmar, 1924).
Chemin de croix : il comporte exceptionnellement quinze stations, dont la dernière montre Sainte-Hélène qui présente la croix retrouvée.

La chaire à prêcher : en bois polychrome et stuc, elle est l’œuvre du sculpteur (ébéniste) Joseph Dreyer d’Altkirch. Elle a été mise en place en 1877. 

Cloches : parmi les cinq cloches trouvant actuellement place dans le clocher, celle de 1553, autrefois à l’église Saint-Martin des Champs, a un parcours remarquable : on la croyait perdue, victime des réquisitions allemandes en 1917; elle est heureusement revenue en 2019 de Francfort où on l’avait entreposée, en attendant d’en faire des canons.
La dernière cloche installée dans le clocher l’a été en 1964.

Horloges : placée dans le clocher vers 1843, la première horloge présente déjà des signes de défaillance en 1860. Une nouvelle horloge fut mise en place en mai 1861 par Urban Adam, horloger-constructeur de COLMAR. Elle a coûté 4000 F. 
Le contrat de construction avait été signé le 20 septembre 1860 et approuvé par le préfet le 28 novembre suivant. Le constructeur octroyait dix ans de garantie à partir du jour de la réception officielle de l’horloge. Celle-ci sonnera les quatre quarts et les heures, et sera composée de trois corps de rouages. On préconise aussi dans le contrat que cette horloge doit être plus grande et plus forte que celle récemment placée à HIRSINGUE, en raison de la pesanteur des cloches.

Depuis, son aiguille ponctue inlassablement les heures gaies et graves du village. Pendant plus d’un siècle, le sacristain la remontait manuellement. En 1957, deux moteurs électriques (un pour les quarts et l’autre pour les heures) installés par l’entreprise Ungler de COLMAR, ont remplacé la main de l’homme. Néanmoins une surveillance permanente est nécessaire.

L’orgue historique Callinet, bien sûr, immeuble par destination car il s’agit d’un bien mobilier « attaché » à l’église.
Voire sa description détaillée ci-après.
 

Les orgues historiques Callinet

 

Les travaux de reconstruction de l’avant-corps de l’église Saint-Martin, étant à peine achevés, les habitants de la commune, voulurent avoir leur orgues.

Au début de l’été 1842, le maire François Joseph KUENTZ pris contact avec les frères CALLINET de ROUFFACH à ce sujet.
Ceux-ci rédigèrent à la date du 21 août 1842 un devis se montant à 10.173 Fr. que le conseil adopta le 10 novembre 1842 en ces termes : « Vu ce dit devis et le plan rédigé par les dits facteurs, le conseil délibère. Considérant – Que le produit des coupes extraordinaires de 1842 couvrira au-delà les dépenses qui restent à solder. Est d’avis – Que le projet d’accord qui sera fait entre nous et les sieurs Callinet soit passé pour être soumis à l’approbation de M. le Préfet – Que le prix de 10 000 francs, stipulé dans l’accord sera payé aux sieurs Callinet … ».
Le traité fut signé le 20 novembre 1842 au prix de 10.000 Fr., payable en 4 termes.
(Les comptes communaux mentionnent des paiements échelonnés sur 8 ans de 1843 – 1851).
Le 31 janvier 1843, Ministère de l’Intérieur, préfet et sous-préfet avaient tous donné leur approbation.

D’après les archives de la commune, l’orgue est l’ouvrage de l’aîné, Joseph CALLINET, même si, après leur séparation en octobre 1843, la créance a été cédée à Claude Ignace (lettre du 30 novembre 1843).
La composition de l’orgue, intégralement d’origine et conforme au devis initial (sauf les tuyaux de façade du grand orgue, victime des réquisitions de 1917), est la suivante :
- Grand Orgue de 54 notes et 13 jeux
- Positif de dos de 54 notes et 7 jeux
- Pédalier de 25 notes et 7 jeux.
Les 2 jeux à anches libres (Ophicleide 16 à la pédale et Basson 8 au positif) représentent une des particularités de cet orgue.
Considérant l’ensemble des jeux d’anches de l’orgue d’Oltingue, Pie Meyer – Siat, docteur de l’université de Strasbourg, a écrit, dans sa thèse sur les Callinet : « Ce sont les meilleures anches Callinet d’Alsace »

Citons encore P.Meyer – Siat qui concluait: « Voilà un très bel instrument … qui mérite tout notre respect. On ne peut que féliciter les autorités de la commune de n’avoir pas permis de dégradations ». 
Et, en effet, l’orgue d’Oltingue a subi peu d’interventions comme le montre la chronologie qui suit  :


- en Juin 1874, Ferdinand HABERTHÜR, accorda l’instrument pour une somme de 480 Fr. Ont n’oubliera pas l’aide du souffleur qui lui perçut une somme de 20 Fr. pour avoir pendant 10 jours, entraîné le soufflet, car jouer de l’orgue (avant l’avènement de l’électricité) ne ce concevait pas sans souffleur d’orgue.


- en 1876 l’instrument est assuré pour une valeur de 5000 francs autant que le bâtiment de service dépendant du presbytère.


- en octobre 1917, l’orgue est dépouillé des tuyaux de montre par les forces Allemandes, ils sont remplacés en juillet 1927 par une façade en zinc.


- en 1925, l’orgue échappe de peu à la destruction, lors de la grande toilette de l’église paroissiale : le projet de la maison Roethinger avait même été retenue pour un nouvel orgue (Umbau der Kirchenorgel) mais, heureusement, le 11 février 1925, le conseil délibéra pour le réparation de l’église … « ohne neue Orgel » ! Seul le moteur électrique de soufflerie fut mis en place.

- en 1941, Georges SCHWENKEDEL procéda à un nettoyage de l’instrument, sans modifications.


- en 1968, un tournant dans la vie de l’orgue, car dès l’arrivé au village de l’abbé Etienne BILGER en 1958 les choses vont changer radicalement; très vite il se soucie de la bonne santé de cet instrument, qui va bénéficier des soins de facteurs experts comme P. HUGUIN, E. SATTLER de STRASBOURG et plus près de nous G. KERN.


- en 1973, par arrêté du 28 mai, le ministre des affaires culturelles a classé l’ORGUE CALLINET d’OLTINGUE MONUMENT HISTORIQUE.


- en 1978 Gaston KERN reconstitua la façade d’origine en prenant les tailles sur le CALLINET de MOLLAU, qui avait gardé la sienne.


- en 2017, la Manufacture d'Orgues Blumenroeder de Haguenau procède au relevage (nettoyage et révision) de l’orgue.

Depuis 1966, l’orgue historique Callinet d’Oltingue a vécu de nombreuses activités de concert (avec des invités prestigieux tels que Michel Chapuis, André Isoir, Francis Chapelet …), d’enregistrement radiophoniques (France Culture, Hilversum …) ou de disques (dont celui de Xavier Darasse en 1975 interprétant des œuvres de CPE Bach, chez Arion).

 

Depuis 1988, tous les ans, le dernier dimanche du mois de septembre, l’APOS (Association du Patrimoine Oltingue Sundgau) organise le Concert du Patrimoine promouvoir cet orgue historique des Frères Callinet.
Le dernier artiste invité a été François Espinasse, professeur d’orgue au CNSM de Lyon, organiste co-titulaire de St-Séverin à Paris et de l’orgue de la Chapelle Royale du Château de Versailles.
 

La chapelle Saint-Brice

 

Il est question d’un « sanctum Brictium » en 1285 dans une donation au couvent Saint-Pierre de Bâle. Mais cette mention peut aussi se rapporter à l’un des autres sanctuaires de Saint-Brice dans l’évêché.

Des lettres de franchises ont été octroyées le 28 mai 1354 par l’archiduc Rodolphe IV de Habsbourg, aux sujets d’Oltingue pour « leurs forêts », (en fait celle de Saint-Brice au sens large du XVIe siècle), qu’ils administrent désormais avec la liberté la plus absolue.

La chapelle était dotée de biens à Bettlach, d’une valeur légèrement supérieure à 33 journaux de terres arables, de prés, de jardins et d’une ferme, soit près de 11 hectares. La première mention sûre est de 1359. On peut constater en 1412 et dans les états de la dîme du XVe, qu’une part des dîmes paroissiales a été assignée, selon l’usage établi, à la chapelle Saint-Brice, pour que la messe hebdomadaire y soit d’autant mieux célébrée. Un document de 1568 mentionne la maison du gardien (frère, ermite) à côté de la chapelle: «  Cappellen zue Sanct Brictien : darby ist ein bruederhausz».

On note vers 1600 dans le terrier de la seigneurie de Ferrette : «Tout proche de l’église de Saint-Blaise vis-à-vis dans le bois et ban d’Oltinguen, est une chapelle dit Saint-Bricien, auprès d’icelle, il y a une maison pour un frère ou merguillier, on y fait annuellement mardy après Pentecôte des processions et pèlerinages des villages circonvoisins. Et le curé qui fait l’office divin dans ce lieu, qu’est ordinairement le curé d’Oltingen en a son salaire ou un repas ». Et  c’est le mardi de la Pentecôte, le jour où se pressait la foule des pèlerins, qui avait été choisi, pour organiser un marché à Saint-Brice. («sti brixen pfingst marck»). Ce jour-là, on servait aussi du vin à boire qui rapportait évidemment l’angal (umgeld), droit sur les débits de boissons au détail, aux coseigneurs de la cour. Le curé de Michelbach-le-Haut, le frère Hugues Seraffond, note en 1750 au sujet de ces  processions et du marché : “le dit jour, il y a un concours de processions des paroisses d’alentours et les vivandiers et marchands s’y portent en tel nombre que l’assemblée a bien plus l’air d’une foire que d’une piété chrétienne.” Le marché de la Pentecôte fut donc supprimé en 1774. Il tombait sous le coup de l’arrêt de règlement du Conseil souverain, rendu le 24 avril 1773. Cet arrêt faisait suite au mandement de l’évêque de Bâle du 19 avril 1773.

Des messes anniversaires ont été fondées autour de 1680 par César de Daubian, bailli de la seigneurie de Morimont. La chapelle a été fermée pendant la Révolution et la clochette réquisitionnée. Elle a été rouverte au culte en 1805.

Un cimetière du Xème siècle

En 1987, j’ai pu procéder à quelques sondages dans la chapelle qui ont mis au jour, dans le gros œuvre, deux fenêtres gothiques du XIVe avec leur barreaudage initial. A l’origine les baies étaient munies de vitraux dont il ne subsiste que les emplacements des vergettes de fixation. Une autre baie a été découverte Ces percements sont contemporains des maçonneries latérales de la nef. Ces investigations ont été complétées en octobre 1993 et en avril 1994 par un sondage au droit de l’absidiole. Quatre sépultures, sans mobilier funéraire, orientées est-ouest ont été mises au jour et deux datées au carbone 14. Les datations ont apporté un démenti à l’hypothèse d’une fondation au XIVe siècle. Ainsi toute la problématique des origines était à revoir. Après correction par la courbe de dendrochronologie, le carbone 14 a mis en évidence une fourchette d’inhumation allant de la fin du IXe siècle à 979 environ. Et qui dit cimetière au Xe, dit sanctuaire chrétien. C’est du moins l’opinion des spécialistes de cette période. En l’absence de preuves irréfutables, cette opinion doit être quelque peu nuancée. Si l’on a construit au XIVe carrément par-dessus ce cimetière carolingien, c’est que l’on ne connaissait sans doute plus son existence, malgré les amoncellements de pierres sur les tombes qui étaient visibles aux IXe-Xe siècles.

Mais il y a mieux. Le squelette découvert à l’entrée de la nef (à droite) en 1953 a été daté au carbone 14 en 2012. Après correction par la courbe de calibration, l’âge se situe dans l’intervalle de 605 à 674 ap. J.-C. Ce qui correspond à la mise en place des premières églises rurales.

A partir de là, deux autres constatations s’imposent. Il y avait bel et bien un habitat à Saint-Brice au VIIe siècle et un « altaria » au moins vers la fin du IXe sinon à l’époque mérovingienne déjà. La forme singulière du vaste ban d’Oltingue s’explique sans doute par l’annexion de cet ancien finage, qui s’étendait au-delà du Struethbach et ceci bien avant le VIIIe siècle, car plusieurs biens de la dot de l’église Saint-Martin sont déjà situés dans cette partie de finage. Ce type de lieux de culte au statut inférieur à celui des églises principales s’est multiplié à l’époque carolingienne. Certaines de ces créations semblent justifiées par l’éloignement de l’église principale ou par l’importance de la domesticité. C’est le cas de Saint-Brice qui est distant de 4 km de Saint-Martin. Ces oratoires champêtres où les plus pauvres enterraient leurs morts, ne pouvaient en aucune manière nuire aux anciennes fondations, autrement dit ni les priver de leurs dîmes, ni de leurs revenus. Ces petits monuments ont disparu sans laisser de traces, car ils étaient construits en bois « ecclesia lignea » ou « ecclesia ligneis tabulis fabricata » (églises de planches). Le sondage a également mis en évidence d’importants indices d’une présence peut-être gallo-romaine, sous la partie nord de l’actuelle chapelle (moellons, tegulae, imbrices), au point qu’on peut se demander si le sanctuaire chrétien n’a fait que succéder à un antécédent gallo-romain, voire celtique. A travers les siècles, on constate en effet, que les mêmes lieux sont affectés aux dieux. Mais ceci n’est que pure conjecture.

Une citerne en pierre maçonnées

En avril 1996, j’ai procédé à un nouveau sondage derrière la chapelle qui a permis de mettre au jour une citerne en pierres maçonnées, au soubassement à 2,50 m. en-dessous du niveau actuel, alimentée vraisemblablement par les eaux pluviales (absence de canalisations). Dans la gaine argileuse qui permet « d’étanchéifier » la maçonnerie de la citerne (une gaine a plus d’un mètre d’épaisseur par endroit), j’ai trouvé beaucoup de fragments de céramique « romane » (1150 environ) et au fond de la citerne une monnaie. Quant aux matériaux de remplissage, ils recelaient une céramique de la fin du XIIIe siècle.  La monnaie après bien des péripéties et pérégrinations (Bâle, musée de Tongeren en Belgique) a été identifiée récemment. Il ne s’agit pas d’un denier anonyme en billon de l’abbaye St-Martin de Tours, comme on l’a cru dans un premier temps.  Mais, d’après Jean-Bernard Ballis, d’un denier frappé à Tours au début du Xe siècle en bon argent. Tours la ville, où l’on trouve un type antérieur au châtel de l’abbaye de Saint-Martin. Avers: monogramme S. CSI Martin.  Revers une croix:-TURON. CIVI. Ce denier a peut-être été frappé pour Robert 1er en 922 ou Louis IV d’outremer en 945. Une pièce de l’abbaye de Tours, de la même époque, a été trouvée dans un puits à proximité d’une église St-Martin dans l’Yonne. Ce denier très fin et fragile, est resté en circulation jusqu’en l’an mil. C’est donc au Xe, qu’un pèlerin ou quelqu’un d’autre, a jeté ou laissé tomber, cette pièce dans la citerne de Saint-Brice. Mais ce  denier peut avoir aussi la signification d’un dépôt votif et être plus tardif. Un doute persiste donc quant à l’identification de la monnaie. Et la citerne date peut-être du début du XIIe siècle, car on voit mal comment à la même époque, on a pu implanter côte à côte des sépultures et un réservoir d’eau. 

La première représentation connue de la chapelle figure sur le plan de finage de l’intendance d’Alsace en 1760-65. Le géomètre-arpenteur n’a pas représenté la chapelle extérieure. Existait-elle déjà ? Si l’on se fie à une correspondance du curé de Michelbach-le-Haut en 1750, ce serait non. Celui-ci écrit notamment “que la chapelle de St.Brixe est si petite qu’à peine le tiers des gens qui y viennent en procession peut y rentrer et assister au service divin.” Mais le piochage des enduits intérieurs de la chapelle adventive au début de l’année 2013 a permis de résoudre le problème. On a retrouvé le décor peint d’origine sur les murs latéraux avec notamment les deux croix de consécration et la date de 1739. C’est donc cette année-là que la chapelle a été mise en place pour permettre un culte extérieur, à une époque où le pèlerinage se développe fortement.

Des datations de bois ont été effectuées par le laboratoire de dendrochronologie du musée cantonal de Neuchâtel : on sait ainsi que les bois de charpente de la nef ont été coupés durant l’hiver 1701-1702. Tandis que le clocheton portait le millésime de 1705. Le linteau de l’autel (tronc de chêne) date de 1715 environ (dernier cerne mesuré 1710). Le retable porte la date de 1772 (restauration ?). Le bois de charpente de la chapelle adventive a été coupé durant l’hiver 1778-1779. D’après les comptes de la fabrique, c’est J-Georges Münch, ancien juré de la commune qui l’a fourni (marchés des 1ers et 15 mars 1779). En revanche, tout porte à croire que les grandes baies de la nef et les deux portes d’entrée ont été mises en place seulement dans la première moitié du XIXe siècle.

La reconstruction de la maison du gardien de la chapelle a eu lieu en 1750-52.
 

Le Musée Paysan

 

Le musée a été créé en 1973 par un passionné du patrimoine, le curé Etienne Bilger. Il a d’ailleurs reçu à ce titre l’Oberrheinnischer Kulturpreis en 1975 et le Bretzel d’Or en 1976. Il était également président de la Société d’histoire du Sundgau de 1966 à 1976.

Le musée a été installé dans une maison à colombage du XVIe siècle. Ce bâtiment abritait en dernier lieu jusque dans les années 1960 une auberge et auparavant un relais de poste. Le but du musée est d’évoquer le souvenir de la population rurale du XIXe et de la première moitié du XXe siècle.

La grande salle du rez-de-chaussée abrite un grand poêle en faïence qui permet encore aujourd’hui d’avoir une salle bien chauffée en hiver. On y trouve diverses vitrines. Y sont exposés des objets préhistoriques trouvés dans la région, de vieilles lampes, des habits et chaussures. Une vitrine est consacrée aux objets religieux, objets de vénération qu’on trouvait dans tous les foyers.

En contigüe se trouve la cuisine qui possède encore un pavage fait de belles dalles calcaires. On y expose beaucoup d’ustensiles nécessaires à la vie quotidienne. Par après, on rentre dans l’arrière-cuisine où se trouve le four à pain, le nécessaire pour sa fabrication et tout ce qui touche au lavage du linge.

A l’entrée sous l’escalier, la « Stuba » était autrefois un lieu privée. On y a remonté un poêle en faïence, non fonctionnel. On le nomme « Chunscht » et est, de fait, un récupérateur de chaleur puisqu’il était chauffé par avec les fumées provenant de la cuisinière située de l’autre côté du mur. Déjà de l’économie d’énergie ! On peut y admirer encore d’autres objets.

A l’étage on trouve sur le palier un escalier avec des marches taillées directement dans le tronc et un vérin de charpentier. Dans les cinq pièces on expose des collections d’objets divers : carreaux de faïence (parfois remplacés par une exposition temporaire), des objets utilisés pour la transformation du lait et de la farine, des poids et mesures … On peut voir également les matériaux utilisés (torchis) pour le remplissage des murs à colombage.

A l’extérieur une salle dans la grange rassemble les outils de trois corps de métier : le forgeron, le charron et le sellier-bourrelier qui faisait aussi office de matelassier.

En parcourant notre musée les visiteurs pourront avoir une vision rapide et concentrée de la vie d’autrefois qui était certainement plus dure que celle d’aujourd’hui.

Coordonnées et informations


MUSÉE PAYSAN d’OLTINGUE
10, rue principale
F – 68480 OLTINGUE
Tél. : 03 89 40 79 24


Guide : Mme. Jeannette WILLIG
Tél. : 03 89 07 32 69


E-mail : musee.paysan@free.fr
 

Horaires d’ouverture

Le musée est ouvert tous les mardis, jeudis, samedis et dimanches de 15h à 18h,

Entrée : 2,50 €, la carte postale : 2,50 €

Vous pouvez également demander au guide un rendez-vous en dehors de ces heures d'ouverture.,

Mme. Jeannette Willig n° tél: 03.89.07.32.69